J'ai d'horribles problèmes de motivation en ce qui concerne l'avancement de mes travaux de thèse. Et quand je dis horribles, je n'exagère absolument pas. Je n'ai pas envie de bosser à tel point que je saute sur n'importe quel prétexte pour faire autre chose que rester là, assise à mon bureau, à regarder mon écran et tenter de réfléchir, la main crispée sur ma souris, en cliquant toutes les deux secondes sur le bouton "Check Mail", à l'affut de la plus petite distraction - je suis même enchantée de recevoir des spams de pub, faut le faire.
Plusieurs raisons m'ont amené à cet état de saturation total :
1) Le caractère inhabituel et très original de mon sujet de thèse, à la frontière entre plusieurs domaines très différents, qui fait que je peux difficilement m'inspirer de travaux déjà existants,
2) Le fait que mes travaux de recherche ne soient basés sur aucune donnée concrète, tout est subjectif, qualitatif,
3) Le fait de ne pas réussir à formaliser mes bloquages et problèmes, ce qui fait que je ne sais pas où chercher de l'aide, ni à qui poser la question,
4) Et enfin, le fait que je pense vraiment, sincèrement, ne pas être à ma place dans le milieu de la recherche : plus j'avance dans ma thèse, et plus je me rend compte que je n'ai pas la forme d'intelligence nécessaire à ce genre d'exercice. Je suis un peu trop limitée. Oh, je ne suis pas stupide, non, loin de là, mais je pense qu'il faut vraiment être brillant, et je ne le suis pas. Moi, je suis plutôt lente, j'ai une petite mémoire, très peu d'esprit d'analyse et de synthèse. J'ai lu autant de publis que mes camarades, pourquoi est ce que je ne maitrise pas encore mon sujet ? Je suis sensée être experte en mon domaine alors que je n'y comprend rien. L'essentiel m'échappe toujours, les idées ne viennent pas, j'ai l'impression d'avancer dans le noir.... Je n'arrive pas à prendre du recul, à avoir une vision d'ensemble, je passe mon temps à faire de petites briques, mais je ne sais pas faire de mur...
Oups. J'ai derapé et je suis retournée sur mon mur des lamentations - j'ai un fort penchant pour les murs et les briques en ce moment, c'est normal, docteur ?
Où en étais-je ? Oui, donc, mon manque de motivation. Bon, vu que je bosse quand même un minimum, j'ai trouvé un chercheur qui a fait une thèse sur un sujet qui se rapproche assez du mien pour que je puisse espérer trouver dans ses travaux des réponses à mes questions. Seulement, voilà, sa thèse est écrite en allemand, et bon, avouons-le, mon allemand est devenu bien lamentable.
- Aucun soucis, me dis-je tout naïvement, je vais la faire traduire.
Et me voilà à chercher les entreprises de traduction sur le Net. J'en trouve une sympa, et je demande un devis.
Dix minutes plus tard, le téléphone sonne, et je me retrouve à discuter avec une employée de ladite société, une femme charmante :
- Elle : Oui, nous avons bien reçu votre demande de devis, et avant d'aller plus loin, nous voudrions juste savoir si vous aviez conscience des tarifs pratiqués dans le milieu de la traduction scientifique ?
- Moi : Non, pas trop, je me doute que ça doit être cher, vu le travail à effectuer.
- Elle : Mademoiselle, ça m'embête vraiment de vous ôter tout espoir, mais la traduction d'un manuscrit de thèse scientifique, d'environ 300 pages, de l'allemand vers le français, se chiffre dans les 120 000 francs. Un traducteur indépendant ne vous demandera pas moins de 80 000 francs. Je suis vraiment désolée.
- Moi : Argh.
Je sentais bien qu'elle était vraiment désolée. Maintenant, j'ai plus que deux solutions : gagner au loto ou apprendre l'allemand en acceleré.
Vous ne connaîtriez personne, bilingue français-allemand, avec 4 mois à perdre et aucune envie d'être rémunéré ?