On arrive bons derniers. En retard donc, mais on vient de loin.
On traverse le grand jardin, vers l'arbre magnifique d'où tombent les chats, et qui protège du soleil une longue table blanche.
Tournée des bonjours. 120 bises sonores, à raison de 4 par tête, même les bambins.
Et les commentaires fusent.
"Salut, Saki, ça va ? T'as encore grandi ma parole.."
"Bonjour, Saki, ça fait longtemps dis donc, t'as quel âge maintenant ? 27 ans !! Wah..."
"Alors, Saki, toujours pas mariée ?"
"Vous vous souviennez de Saki quand elle était haute comme ça, et qu'elle <insérez ici une histoire bien ridicule et bien honteuse tout droit sorti de ma petite enfance>."
"Bin, Saki, c'est pour quand le bébé ?"
"Toujours en thèse, Saki ? Mais ça fait des siècles, non ?"
Epuisant. Heureusement dans les heures ensoleillées qui vont suivre, mon moral d'alcoolique va remonter en flèche.
"Tiens, Saki, passe moi ton verre que je te fasse goûter ce petit Château Margaux."
"Saki, c'est toi qui adore le Sauternes ? J'ai ramené une bouteille de '96, tu vas m'en dire des nouvelles..."
"Tiens, ce Coteau du Layon, Saki, qu'est ce que tu en penses ?"
Mon verre n'est jamais vide.
"Fille d'ivrogne !" me lance mon petit papa qui trône comme un pacha à l'autre bout de la tablée.
Je souris. Gentiment saoûle et gorgée de soleil, au milieu de gens qui m'aiment, je suis bien.
Une petite petite cousine 4 fois plus jeune que moi m'escalade et s'installe sur mes genoux.
Elle ronronne dans mon cou, me fait plein de petits bisous, et murmure dans mon oreille :
"Saki, quand j'serais grande, j'serais comme toi."