- Va falloir que tu l'acceptes, Saki. Y a pas de solution optimale !
Je me pose deux secondes sur ma chaise, essouflée, chancelante. Je plisse les yeux. Même avec les lunettes de soleil que je ne quitte pas depuis ce matin, la lumière me brûle les rétines. Je soupire.
- Je sais, je sais, t'as raison, les contraintes sont trop fortes. Fait chier.
Prune hoche la tête. Elle pousse deux, trois classeurs, fait tomber un peu de bordel et s'assoit sur le bureau. Elle aussi, elle a du mal. Faut dire qu'on a dignement enterré hier soir la fin de vie de thésarde de la Maman du Loukoum. J'arrête de sucer ma bouteille d'eau comme si ma survie en dépendait, et j'essaie de réfléchir.
- Et si on met comme ça, et ça, comme ça, et l'autre comme ça ?
- On a déjà essayé, t'as la lumière directement dans la gueule.
- Ha oui. Mais alors, comme ça ?
- T'as le dos à la porte.
- Mmmm, exact. Bon, alors, comme ça ?
- T'es dans le cône de soleil.
- Merde.
- Ouais.
Notre espace commun ressemble à un champ de bataille. Depuis ce matin, depuis que j'ai décrété sur un ton péremptoire, que non, ça n'allait pas du tout, nous jouons à Tetris avec bureaux, armoires et chaises, afin de trouver une configuration que me satisfasse. Malgré sa gueule de bois, et mon humeur massacrante, Prune fait vraiment preuve d'une patience d'ange. Son visage s'illumine, elle a une idée.
- J'ai trouvé ! On met ça comme ça, comme ça, là, tu te mets là, moi là, et hop !
- Nan.
- Bin, pourquoi ?
- J'aurai pas les tiroirs du bon côté.