J'émerge soudainement de mon chapitre I, l'oeil hagard et le poil hirsute. Un rapide coup d'oeil à l'horloge de mon ordi m'informe que je suis encore tombée dans un trou temporel - 5 publications en trois heures, putain, mais je ne suis pas rendue, moi.
Je m'éjecte de ma chaise, je m'étire en long, en large et en travers. Je louche sur mes notes. Pourvu que j'arrive à en tirer quelque chose cette fois-ci... J'ai vaguement mal à la tête. Je me penche par la fenêtre, la cafet de médecine est encore ouverte, je décide de me récompenser.
- "Cochonerie ?", je propose à la cantonade, en entrant dans la plateforme. Je ne les ai même pas entendu revenir de la manif' pour sauver la recherche, c'est dire comment j'étais concentrée.
- "Non merci", me répond Prune avant d'ajouter, "tu consommes drôlement en ce moment, hein..."
La Maman du Loukoum la gronde doucement, et me jette un regard compréhensif.
- "Elle a le droit, elle rédige."
Je hoche la tête en prenant un air malheureux, et j'observe Prune qui note fébrilement ses idées dans un beau cahier rouge tout neuf.
- "Hein, t'as déjà fini le premier ?!"
Au labo, on fonctionne par cahier, c'est notre agenda, notre organizer, notre prévisionnel, l'indispensable outil du doctorant organisé.
Prune acquiesce, et la Maman du Loukoum m'achève en me montrant la couverture de son cahier blanc.
- "J'en suis au sixième."
- "Putain.."
Je soupire et je ferme les yeux. Je pense au cahier orange quelque part sur mon bureau, mon cahier à peine rempli à la moitié, mon cahier numéro II.
Okay, triple dose de cochonerie.
Au moins.