mercredi 19 janvier 2005
Le dernier jour::13:09
Je me demande ce que je fais là, bordel, je ressers mon manteau autour de moi tellement il fait froid dans l'amphi à peine chauffé de cette université parisienne bien moche, je souffle sur mes doigts, je gigotte sur ma chaise, je m'endors à moitié, je plaisante avec mon ex-responsable de thèse qui s'est payé le luxe d'arriver en retard alors que moi j'étais là à l'heure et pourtant se lever à cette heure là, ça devrait être interdit par les droits de l'homme, j'écoute vaguement les différents intervenants, parfois une idée me traverse la tête, je me dis tiens, ça c'est intéressant, on pourrait faire comme çi et comme ça, et puis je me souviens que non, il n'y a plus rien à faire, alors je souris, à la fois soulagée et triste, je vais manger des trucs pas bons à midi dans un moche R.U. qui pue sans une seule fenêtre qui met ma semi-claustrophobie à rude épreuve, quand je pense que l'inscription à la journée c'était 50 euros, ils se foutent de nous quand même, je retourne dans l'amphi glacé et j'attends patiemment, c'est mon tour de parler, je n'ai même pas peur, je n'ai pas ce petit trou dans mon ventre, je prends le micro, je pense "Eh si tiens, si on jouait à SingStar ?" je manque de m'étouffer de rire, je regarde les gens dans l'amphi, j'ouvre la bouche, j'explique, les diapos s'enchainent, je suis à l'aise alors que je n'ai même pas répété une seule fois, je suis claire, précise et concise, je termine bien dans les temps, les premières questions sont intéressantes, je réponds avec honnêteté, un arrogant essaie de me coincer avec une remarque méchante, je vois ses mots arriver vers moi comme au ralenti, je les bloque sans peine et je remets l'arrogant à sa place avec une voix douce et calme, je termine sur une petite blague qui fait rire l'amphi, mon ex-responsable lève ses pouces en souriant, je retourne m'asseoir, c'est la fin de l'atelier, je quitte l'amphi, dehors il neige un peu, je dis au revoir à mon ex-responsable, je pars prendre mon train où je supporte une pétasse qui passe les deux heures au téléphone à me saouler avec sa voix stridente, je rentre chez moi, je dépose mes papiers et mes notes de la journée dans le grand carton marqué "Thèse Saki" qui va monter bientôt au grenier, et je me dis, voilà ce coup-ci, c'est vraiment fini, plus d'article, plus de congrès, plus de thèse, plus de manuscrit.