J'ai rien contre les mômes, d'ailleurs j'ai même plusieurs copines qui en ont des très bien.
J'ai rien contre les mômes et selon toute probabilité, je finirai sûrement par en avoir un à moi un jour, dans longtemps, quand Chéri m'aura eu à l'usure - si je ne suis pas encore ménopausée, s'entend.
J'ai rien contre les mômes, par contre, je suis allergique aux abrutis, et hélas, lois de la génétique obligent, les abrutis ont souvent des enfants crétins, ou les abrutis ont souvent des parents débiles.
J'erre tranquillement dans les rayons de la grande surface la plus proche de chez moi à la recherche de mon Yop à la framboise, quand un bruit insolite me fait dresser l'oreille. Je n'ai pas le temps de me retourner que je me fais violemment percuter dans les jambes, juste là où ça fait bien mal sous le genou, par un petit caddie conduit par un môme morveux en immonde cagoule fushia - le fushia devrait être interdit par la loi.
- Awaaaah, je hurle, en me frottant la zone d'impact.
- Donne moi mon cadeau ! me crie la bestiole.
Et paf, il me rebalance son caddie miniature dans les jambes.
J'hallucine tellement que j'en oublie presque de crier, et je cherche du regard si la maman ou le papa du truc ne serait pas dans les parages. Le machin en profite pour me reflanquer un coup de caddie, et ré-itère son ordre :
- DONNEUH MOI MON CADEAU-HEU !
Une furieuse envie de lui envoyer la double mandale du siècle me démange sérieusement, mais étant raisonnable et posée, je continue à chercher des yeux le ou la responsable de la chose, quand je vois la maman qui accourt, hilare.
- Kévineuh, arrête, voyons, ça fait mal à la da-dame.
Et là, elle se baisse et fait un bisou à son môme.
Les yeux me sortent des orbites tellement j'en reviens pas. J'ouvre la bouche pour dire ce que je pense de ses méthodes d'éducation à la maman, mais j'ai oublié ma tronche de hamster et mon récent défaut d'élocution.
- Mmrmrrfppttt mmrrrppffftttt mmdddouiiifffgfft !!
La maman me regarde bizarrement pendant deux secondes, hausse les épaules et disparait dans un rayon adjacent. Kévineuh en profite pour me retaper un petit coup avec son caddie taille réduite et me réclamer à nouveau son foutu cadeau.
Je me baisse à sa hauteur et je me concentre pour articuler.
- Tu te trompes, c'est lui, là, qui a ton cadeau.
Je lui montre le vigile du supermarché, un grand black pas commode.
Alors que Kévineuh prend son élan, je retourne à mes courses en boitant, tout en savourant en boucle le fantasme du vigile en train de casser quelques dents à la maman.