Je grimpe dans le train, je suis crevée, énervée, démoralisée, le sang me tape contre les oreilles, garantie d'une jolie migraine en fin de soirée, je parcours les wagons, une banquette de libre, je m'affale dessus, je sors mon bouquin, je soupire de plaisir, une heure rien qu'à moi, enfin, à lire tranquille, plongée dans un univers bien plus agréable que mon quotidien.
Juste avant que les portes du train ne se referment, quelqu'un court, saute, monte et s'installe... à côté de moi. Il sent la sueur, il respire fort, il sort une bière de son sac, la décapsule et en renverse sur la banquette, un peu sur mon pantalon, il ne s'excuse même pas, il se branche sous son balladeur, la musique est très forte, je lui demande de me laisser passer, il faut que je bouge ou je vais lui vomir dessus.
Deux wagons plus tard, une autre banquette, je m'installe à nouveau, à quelle page j'en suis déjà ? Un mec se met à ronfler devant moi et fait trembler le siège, un bébé pleure comme une sirène d'alarme, je soupire, je me relève et je recommence mon exode.
Un wagon plus loin, je n'en peux plus, je tombe littéralement sur la première banquette de libre, je n'ai pas le temps d'ouvrir mon bouquin qu'un portable sonne, une nénette décroche et raconte sa vie au combiné assez fort pour que tout le monde entende tous les détails.
Je craque, je sors mon flingue de mon sac, et je bute tout le compartiment d'une balle dans la tête.
Haaaa, enfin, je vais pouvoir bouquiner tranquille...
Merde, on est déjà arrivé.