"Il existe trois types de gueules de bois. Il y a des gueules de bois vertes, humides et visqueuses, pleines de nausées et de tremblements, accompagnées de cette certitude qu'on a été éviscéré dans son sommeil, et qu'un rat musqué mort depuis peu a pris la place de votre estomac. Il y a les gueules de bois grises, froides et dures comme la pierre, le granit de votre crâne s'est fendu comme le voile du temple, le roc de votre cerveau n'est plus que décombres à l'intérieur, des décombres douloureuses. Et enfin, il y a les gueules de bois rouges, déchiquetées et trépidantes, des éclairs qui entrent par une oreille et sortent par l'autre, vous traversent les coudes et les genoux, vous avez des sirènes, des chaises électriques et des coussins péteurs dans l'estomac, des éclats de flash dans les yeux et de l'acide de batterie dans la bouche. Voilà quels sont les trois types de gueules de bois, et Pedro les avait toutes les trois."

et

"Les romanciers, quand leurs personnages conduisent une voiture par exemple, n'éprouvent jamais le besoin de décrire avec précision les gestes accomplis par les mains, les pieds, les yeux, les genoux ou les coudes. Pourtant, un grand nombre de ces romanciers, dès que leurs personnages copulent, se livrent à une telle description physique détaillée que vous pourriez croire qu'ils écrivent un livre de travaux pratiques. Nous connaissons tous la corrélation entre la cheville droite et l'accélerateur quand on conduit une voiture, et nous n'avons pas besoin d'explications. Pour ce qui est du sexe, nous savons tout sur les genoux, les cuisses, les doigts, la douceur de la peau dans le cou, tiens-laisse-moi-t'aider, et ça tu aimes, mff, mff, mff, mff. Et si vous ne connaissez pas tout ça vous devriez éviter de lire des livres cochons de toute façon, ça ne donne que de fausses idées."

Merci, Donald Westlake, et aussi Jean Esch, le talentueux traducteur, pour ces Aztèques Dansants, et ces moments passés en votre compagnie pendant mes trop nombreuses heures de train.

Tant qu'il me restera des livres à lire, ça vaudra quand même la peine de se lever le matin.