Je coupe le contact de ma super nova tout en continuant à secouer la tête au rythme de mon iPod, je m'extirpe de devant le volant, je referme la portière d'un coup de fesses bien placé, j'ai été maline aujourd'hui, je ne me suis pas garée juste en face des travaux et des bulldozers, qui hier ont manqué d'arracher le parc-choc de mon bijou sur roues d'un coup de tracto-pelle mal placé bonjour la frayeur et ont transformé son beau vert bouteille en moche marron terre caca d'oie beurk, je salue les gens qui traversent le parking aussi vivement que moi car bordel il fait froid sur Boink aujourd'hui mais bon il caille tous les jours par ici, oui, oui, c'est bien Albator qui est dessiné, je zigzage, je tape le code, je rentre dans l'Open Space, ça sent pas bon, l'entretien n'a toujours pas retrouvé ce foutu rat crevé dans les canalisations, je fais la bise au seul collègue arrivé avant moi, je mets le chauffage en route, je boote mon ordi, je récupère mes mails, je vais me chercher mon petit déjeuner au distributeur en prenant la longue route parce que bon, spas la motivation qui m'étouffe ce matin, j'ai des coups de fils désagréables à passer, je découvre au fur et à mesure des jours les difficultés à travailler pour le Groupe V., une structure tellement immense que la tête ne voit plus les pieds, et faire bouger tout ça pour résoudre les problèmes et avancer demande une énergie monstrueuse, suffisante pour justifier d'abord un chocolat chaud, ensuite un KitKat et puis quelques Twix. Je retourne dans mon Open Space, la chaleur a rendu l'odeur insupportable, mes autres collègues sont arrivés, bonjour, ça va, t'as l'air fatiguée, ouais, ouais, je m'installe devant mon ordi, je soupire, je décroche mon téléphone, je regarde dehors, j'espère très très fort un truc, vite, des extra-terrestres, un dragon, un tremblement de terre, une faille spatio-temporelle, quelque chose, n'importe quoi, mais je ne vois que les bulldozers jaunes qui recouvrent consciencieusement de terre le 4x4 hors de prix du directeur en chef, alors je soupire encore, je compose le numéro, ça sonne et je me laisse engloutir par mon quotidien.