Connaitre son orthodentiste depuis plus de 15 ans ne permet même pas de faire décaler un putain de rendez-vous aux aurores à une heure plus décente, la haine quoi, les samedis matins sont fait pour dormir bordel, surtout quand on s'est couché à 3h du mat' la veille à force de passer la soirée à taper sur des abraknydes en charmante compagnie.
C'est donc l'oeil vitreux et le poil terne que je me suis trainée jusqu'au cabinet de mon bourreau préféré, qui s'est empressée de me débarrasser de mes arcs lourds - enfin, putain, depuis février que j'attends ça - pour me remettre des arcs plus légers et aérodynamiques. Elle m'a aussi rassurée énergiquement - "mais non, t'es pas moche, arrête de te plaindre ou je te refais le menton à la fraise électrique" - avec la douceur et la patience qui l'ont rendu célèbre dans la ville de mon enfance - "je te dis que c'est pas tordu, arrête de gémir, je tire à peine là".
Je passe doucement ma langue sur mes dents pour découvrir le nouvel arrangement de métal qui va partager mon quotidien pendant les mois à venir... Je ressens à nouveau très douloureusement la place, l'inclinaison, et l'orientation de chacun de mes dents, qui pulsent violement sous l'effet de la traction métallique.
Et je me dis, aïe j'ai mal et... j'aurai dû petit déjeuner avant d'y aller.