Je sursaute.
Absorbée par la contemplation de la vitrine, les yeux brillants de convoitise, je ne l'avais pas vu approcher. Il s'incline doucement comme pour s'excuser de m'avoir surprise et répète :
- Vous désirez voir l'un d'entre eux de plus près ?
Ses doigts caressent la vitrine où brillent l'éclat des colliers de corail rouge qui m'absorbent depuis dix bonnes minutes.
Je souris, j'ouvre la bouche pour répondre, je reconnais brutalement l'homme qui vient de me parler - avec la chemise rayé jaune et orange - le mal elevé du restaurant de midi, avec le téléphone portable vissé à l'oreille, que nous avons surnommé le Mafieux en riant de façon très peu discrète, et je réalise qu'il vient de me parler dans un français parfait.
Je rougis en me rappelant les phrases moqueuses échangées à son sujet, persuadés d'être protégés par la barrière de la langue. Il ouvre la vitrine sans attendre mon consentement, détache un collier, celui qui me plait le plus, l'ouvre et se glisse derrière moi pour l'accrocher à mon cou.
- Je sens que vous avez envie de ce collier mais que quelque chose vous retient, n'est-ce pas ?
Je balbutie, toujours rose.
- Oui, c'est exact, je n'avais pas prévu une telle dépense...
Il sourit.
- Et à 400, ça vous irait ?
J'ouvre la bouche, surprise. Ma main vole à mon cou et touche le collier. Je souris de plaisir en me regardant dans la glace. Pour la première fois de plus très longtemps, je me trouve plutôt jolie. J'ai déjà acheté ce collier et il le sait. Il referme la vitrine.
- Parfois, pour obtenir quelque chose, il suffit de le demander.