J'ai pas les yeux en face des trous. Probablement à cause de tous ces moutons imbéciles qui se précipitent en toute discrétion vers le sas du train dès que la petite voix annonce Boink. Sas qui accueille MA banquette, oui celle avec mon nom marqué dessus, où je dors avec délice et volupté depuis 40 minutes, où je dors et je rêve, un grand sourire aux lèvres, qu'Eminem (partie censurée).
Oh, les ovins, vous le prenez souvent ce train ? La petite voix avance d'au moins 10 minutes. Et 10 PUTAINS DE MINUTES sur ma nuit trop courte, ça compte coefficient douze.
J'ai beau ouvrir grand mes paupières, secouer la tête pour tenter de faire le point, il me reste comme une grosse impression de flou lumineux. Et quand je dis lumineux, je suis sympa, l'été n'arrivera à Boink que dans quelques mois. Pour deux jours complets. Et après, ce sera à nouveau l'hiver nucléaire.
Je soupire en sirotant mon cappuccino. Tant que mon téléphone ne sonne pas c'est que tout va bien. C'est une journée importante pour le projet Cacahuètes, et les différents acteurs sont un poil... stressés - enfin sauf Braham, cet enculé, en vacances au soleil, qui m'appelle, les pieds dans l'eau, pour me dire à quel point "être loin de l'action est frustrant pour lui". J'entendais la mer de son téléphone. Je suis restée très polie.
Je m'étire, et je monte le son de mon baladeur.
La lumière de mon téléphone clignote.
C'est bête, j'entends rien.