Je ne dors plus.
Je me réveille au bout de quelques heures de sommeil à peine, quelque soit mon état de fatigue, l'heure à laquelle je me suis couchée, et sans aucun rapport avec le statut de l'alien - binaire, évidemment : on, je fais des bosses sous le nombril de maman et je tire aux buts dans sa vessie, off, je me cache au fond de l'utérus, la position off étant évidemment LA position choisie préférentiellement pendant les échographies et le monitoring foetal hebdomadaire.
Je me réveille et forcément, je regarde l'heure et forcément, je me crispe, il fait encore nuit, douze heures à occuper allongée dans un canapé, c'est affreusement consommateur en bouquins et en séries télé, mais vingt heures c'est inhumain, je vais dépenser tous les sous mis de côté pour l'alien en bouquins !
Je me réveille et je tente d'ignorer l'insomnie qui pointe son nez. Je ferme les yeux avec intensité et je me persuade que je vais me rendormir. Rendors toi. Rendors toi. RENDORS TOI. Forcément, ça ne fonctionne pas. Mon fourbe cerveau saturé d'hormones de grossesse met la machine en marche et... je... commence... à... RÉFLÉCHIR. Je me tourne et je me retourne dans mon lit, opération qui est bien plus lente et délicate que ces quelques mots le laissent à penser, vu mon handicap de plusieurs kilos au niveau de ma zone ventrale. Je grogne sous l'effort. Je fais vibrer le lit. Je cogne Monsieur Kitten, qui marmonne et soupire - j'ai atteint le niveau Master Jedi de la vie conjugale, j'emmerde mon mari DANS SON SOMMEIL. Des années d'expérience pour en arriver là, réussir à l'exaspérer ALORS QU'IL DORT, et générer cette suite de petits soupirs si caractéristiques, qui se sous-titrent quand il est éveillé par pu-tain-mais-ce-que-tu-es-chi-ante.
Je me réveille et dans un élan philanthropique pour mon conjoint qui n'est même pas enceint par solidarité l'enculé, je migre dans le salon pour ne pas le réveiller. Je m'installe dans mon foutu canapé. Je configure mes oreillers, je paramètre le sac de couchage, je place tout à portée de main et au bout de 2 minutes, ça ne rate jamais, je génère deux chats, qui s'installent entre les bosses et... se rendorment.
Je suis réveillée et je pense à mon lit, et à Monsieur Kitten, qui est quand même drôlement moins poilu, et qui ne ronfle pas, lui, et je me dis, tant pis, je dormirai après la naissance du bébé.
Ha ha ha ha ha ha.